Samedi 7 juin 2008
La technique est elle un gage d'efficacité martiale ?
Je poserai deux questions :
les mouvements de l'AÏKI peuvent ils être codifiés ?
Accumuler un grand nombre de techniques est il utile ?
Je citerai cette phrase de Morihei UESHIBA fondateur de l'Aîkido (voie de l'harmonie des énergies) : « les techniques de l'aïkido changent constamment, chaque rencontre est unique et la réponse appropriée devrait émerger naturellement. Les techniques d'aujourd'hui seront différentes demain. Ne vous laissez pas prendre à la forme et à l'apparence. En fin de compte, vous devrez oublier la technique ».
Minoru AKUZAWA, maître de l'AUNKAÏ, pense que les formes et les styles sont des pièges, qu'il n'existe aucune forme juste ou fausse, mais simplement une forme utile qui découle de l'utilisation du corps. Les formes d'attaques sont innombrables, alors le corps doit s'adapter instantanément à toute situation afin de produire un mouvement le plus efficace au moment approprié. En cela il rejoint les propos de Morihei UESHIBA cité ci-dessus.

Alors une question me vient à l'esprit : faut il apprendre des techniques dans les arts martiaux ? J'entends par là, faut il disposer d'un catalogue de techniques le plus important possible afin d'être en mesure de pouvoir répondre efficacement à une situation innattendue ?

D'après certains grands maîtres d'arts martiaux il semblerait que contrairement à ce qu'on pense en occident, l'accumulation de techniques aussi redoutables soient-elles n'est pas le sésame de l'efficacité du budoka. En effet, dans quelques « sports martiaux » (kakutogi) actuels, le combattant perfectionne à l'entraînement deux ou trois techniques tenues secrêtes en attendant d'avoir l'opportunité de les développer le jour du combat. On peut appeler ça la méconnaissance ou l'ignorance de son adversaire, dans la mesure où celui-ci pourra peut être développer sa propre technique en premier et s'adjugera alors la victoire. Dans le bujutsu tout se passe dans l'instant présent, tout se règle instantanément, on a pas le temps de rentrer en « compétition » et l'intention de porter une technique est déjà dans le passé.

Faut-il éduquer le corps plutôt qu 'apprendre une forme qui finira par s'apparenter à une danse ? C'est ce que l'on reproche souvent à l'aïkido dont la beauté réside dans sa philosophie. La pratique de l'aïkido serait-elle devenue plus spirituelle que physique ?
Il faut donc apprendre à utiliser son corps plutôt que répéter interminablement des mouvements techniques croyant qu'ils deviendront efficaces en situation réelle. On doit d'abord prendre conscience de son centre de gravité (de son équilibre), des différents axes de son corps, de toutes ses possibilités articulaires, enfin apprendre à rééquilibrer son corps. Prendre conscience que notre corps est « un » et qu'il existe un lien entre toutes les patries de ce corps. Il faut faire que chaque partie de son corps ne devienne qu'un, tout doit être uni du sommet du crâne aux talons. Le « taïsabaki » (mouvement du corps) devra être le plus court possible, le corps doit bouger subtilement afin de gagner en efficacité.
J'attache tout particulièrement une grande attention à l'éducation du corps dans mes enseignements. L'utilisation du jo (bâton) et du ken (sabre) ne sera que prétexte à éduquer le corps, à perfectionner son « maaï » (concept primordial en bujutsu) et son « taïsabaki ».
Ne pensons pas que ceci ne soit qu'une éducation physique où la force musculaire est absente, ce doit être aussi une éducation du mental, le corps et l'esprit doivent être unis dans le mouvement. Apprendre à épurer ses gestes, enlever ce qui est superflu ou inutile, ne garder que ce qui est nécessaire dans le mouvement, cela fait partie de cette éducation.

Alors il n'est plus utile de connaître une grande diversité de techniques ni d'enchaînemnents, dans le bujutsu il faut savoir saisir le moment opportun, bouger son corps subtilement afin que l'adversaire ne comprenne pas et effectuer le geste décisif en un seul mouvement qui produira l'énergie nécessaire à neutraliser l'attaque.
Hier le bujutsu, aujourd'hui le budo : nous devons, nous les enseignants de ces « arts martiaux », préserver l'essence de notre pratique.

« On ne trouve rien en dehors de son corps, mais on serait dans l'erreur si l'on se bornait à son corps » A méditer !

Par Serge
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